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Analyse critique: Procession at the Metropolitan de Franck KEMKENG NOAH

Procession at the Metropolitan De Franck KEMKENG NOAH / Acrylique sur toile / 160 x 130 / www.tallartistik.com
Procession at the Metropolitan De Franck KEMKENG NOAH / Acrylique sur toile / 160 x 130 / www.tallartistik.com
Procession at the Metropolitan De Franck KEMKENG NOAH / Acrylique sur toile / 160 x 130 / www.tallartistik.com

👉 Thématique :

En français, on transcrirait “Une procession à la Métropolitaine“. À quoi renvoie the Metropolitan ? Difficile de le dire, tant cette référence lexicale semble faire allusion à une gare de métro, à défaut de correspondre à une quelconque métropole occidentale. Qu’à cela ne tienne, on perçoit un décorum somptueux fait de colonnade, de voûtes, de coupoles ou de dôme, qui ne sont pas sans rappeler l’intérieur de palais majestueux ou d’une chapelle de l’époque de médiévale ou de la Renaissance florentine. Une allusion assez appuyée à une des célèbres œuvres picturales de l’époque : l’École d’Athènes une fresque du peintre italien Raphaël, exposée dans la Chambre de la Signature (les Stanze) des musées du Vatican. Cette fresque symbolique présente les figures majeures de la pensée antique gréco-romaine. Une telle transposition des ingrédients symboliques africains induit une réappropriation historique et culturelle confondue avec une affirmation de transcendance idiomatique prêtée ici, à l’Afrique. Façon de dire la place qu’occupe la pensée, la civilisation africaine dans la construction d’un savoir universel, à l’orée d’une parade professorale de ses dignitaires, parés de leurs atours patrimoniaux, dans lesquels se mêlent masques Kounga, vêtements en tissu ndop et autres attributs.

Procession at the Metropolitan De Franck KEMKENG NOAH / Acrylique sur toile / 160 x 130 / www.tallartistik.com
Procession at the Metropolitan De Franck KEMKENG NOAH / Acrylique sur toile / 160 x 130 / www.tallartistik.com

👉 Approche stylistique et esthétique :

Dans un style figuratif à cheval entre un classissisme assumé et le surréalisme dans lequel il achève les personnages qui forment la procession chevaleresque, l’auteur nous balade dans le temps et des situations fantasmées. Cependant que le parti pris ainsi engagé dans cette approche esthétique marque à ravir le positionnement de l’art contemporain dans l’affirmation d’une africanité décomplexée, doublée d’une revendications de plus en plus opiniâtre de correction de l’histoire tourmentée de l’homme noir. On peut alors apprécier le choix de contraste chromatique pour marquer cette posture : entre une Afrique sans cesse vivante dans la polychromie de ses atouts atemporels et l’espace d’accueil de la procession baignée de gris, dont le luisant s’effondre dans l’esbroufe du temps.

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👉 Composition :

En cela aussi, l’artiste nous situe dans son affirmation de soi africain, dans la transcendance de la civilisation africaine, notamment par la disposition d’une composition en légère déséquilibre. Dans laquelle le sujet principal (la procession des dignitaires Africains) occupe une position centrale dans le plan du l’œuvre, tandis que l’accessoire (le décorum se dispose suivant un champ de fuite concentrique vers un point de fuite qui se situe quelque part sur le mur à l’arrière plan. On perçoit le déséquilibre de la composition par la charge formelle des personnages orientée vers la gauche du tableau et par la perspective aux apparences centrale dont les lignes s’obliquent de la gauche vers la droite, dans une torsion tourmentée, qui donne à la salle où ils déambulent son gigantisme et son lustre. Le soin mis à donner au parquet, ainsi qu’aux multiples voûtes, un lustre certain tranche avec le terne chromatique avec lequel ils sont construits. Autant qu’on peut apprécier la justesse du traitement apporté aux personnages dont les corps inachevés leur donnent des allures fantomatiques. En somme ceux-ci font leur entrée à partir d’une ouverture qu’on soupçonne sur la gauche, dans une cohorte presqu’infinie, non limitée à ceux qui sont visibles sur le plan de vue dressé par l’œuvre. Ils investissent les lieux dans une cadence cultuelle faite de danse et de mouvement, dont l’artiste a rendu insuffisamment la prestance, leur conférant un caractère statique, telles des momies vivantes. Le rendu est pour le moins impressionnant.

👉 Maîtrise technique :

Il va de soi, qu’en dépit de raté évident dans la composition, en l’occurrence en ce qui concerne la centralisation des personnages, qui la déséquilibre, l’ensemble de l’œuvre respire la maîtrise des canons du dessin et de peinture. Également la traduction du concept dans la représentation idiomatique, chromatique et spatio-temporelle. On perçoit par ailleurs sa capacité à contourner des obstacles rencontrés dans la composition en se permettant des raccourcis qui dispersent l’œuvre vers plusieurs champs stylistiques, notamment dans l’inachevé des personnages, servant à masquer le problème des proportions. C’est vraiment intelligemment fait, en les fondant dans l’atmosphère.

En somme cette œuvre, à l’instar d’autres de cette série de l’artiste est extrêmement parlante et riche d’expressivité esthétique. Ses dimensions importantes doivent lui donner fière allure, autant qu’elle exprime bien la transcendance des civilisations ancestrales africaines sur les viscissitudes du temps.

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