Portrait

Hommages à Manu Dibango : Taiwé Jean-Pierre, Ba Cyril et Kobe Williams disent leur reconnaissance.

Hommages à Manu Dibango : Taiwé Jean-Pierre, Ba Cyril et Kobe Williams disent leur reconnaissance.

Mardi 24 mars 2020 le monde était en deuil. La pandémie coronavirus (Covid-19) venait d’emporter sur son passage le musicien camerounais Manu Dibango à l’âge de 86 ans. Légende de la musique africaine, il connaissait un succès planétaire avec ses œuvres parmi lesquelles « Soul Makossa ». Avec son saxophone, il faisait groover, sur des rythmes africains, la terre toute entière. Dès l’annonce de la douloureuse perte, des hommages sortent de partout. Les acteurs des arts visuels ne sont pas en reste. Kobe Williams, Ba Cyril et Jean Pierre Taiwe utilisent leur génie créateur pour célébrer la vie de la plus grande icône de la musique camerounaise ( Téléchargez gratuitement la biographie de Manu Dibango, une rédaction de l’auteur Arol Ketch.)

Taiwé Jean Pierre, 26 ans, artiste peintre autodidacte. Ses débuts dans l’univers artistique remontent en 2004. Ce jeune résidant à Douala a un style assez varié. Avec pour rêve de dompter la peinture acrylique sur toile, il excelle dans le portrait, l’abstrait et paysagisme. Même sans être diplômé des écoles d’art, JP Taiwe veut être la preuve que le talent est un don divin. Pour cela, il s’inspire du quotidien pour marquer les couleurs sur ses toiles. C’est un conteur puisqu’il raconte les éléments au jour le jour.

C’est à l’aide de l’acrylique sur toile que Jean Pierre Taiwe rend hommage à Manu Dibango. Ce portrait est du style réaliste. Cependant, il se rapproche légèrement de l’hyperréalisme car le fond est dépouillé. Le bleu du fond donne l’impression que l’artiste Manu Dibango est dans un studio photo. Ce bleu est le moyen trouvé par l’artiste de mettre l’accent sur le personnage en plein ambiance scénique. Les touches de ce portrait sont en nappe verticale avec des couches blanches qui s’éclatent sur le bleu et qui donnent une couleur dynamique. Jean pierre maîtrise la mixture des couleurs qui aiguise dans ce cas la brillance du corps et des vêtements de Manu Dibango.

De profil droit, les yeux fermés, Manu fait le bouche-à-bouche à son saxophone chéri. Il le traite avec amour et passion comme au premier jour où lui a promis honneur et fidélité. Il y semble souffler de toutes ses forces. Le creux de sa joue exprime l’énergie qu’il dégage et l’émotion qui l’habite. Il souffle pour donner vie à son art afin de marquer davantage les cœurs. Il souffle comme pour réanimer son objet de passion car il sait qu’il ne peut vivre sans lui. L’extase qui traverse son corps inonde le public dans la salle. L’effort physique se montre sur son visage.
Ce travail est en polychromie. Le bleu ici représente le caractère infini du ciel. Il lui prédit un agréable repos. Il traduit un caractère immense de sa personnalité. Le rouge sur son vêtement est le sang du créateur et le blanc, la pureté de ce nouvel ange gardien. L’artiste est parti comme il est venu : plein d’allégresse. Il retourne chez son créateur.

Peinture numérique / digital painting immortalisant dans une ambiance abstraite un sujet réaliste. L’auteur de ce travail est Beugré aimé cyril artiste peintre et graphiste. Il est connu sous le pseudonyme de BA CYRIL. Né le 01 mars 1994, à ABIBJAN, il est titulaire d’une licence en Arts Plastiques à l’École Nationale des Beaux-Arts d’Abidjan. Il côtoie le milieu artistique très tôt et en 2013, il se fait remarquer par le public en participant à une exposition collective. Son travail le propulse et plusieurs musiciens du showbiz ivoirien le sollicitent afin de réaliser des pochettes d’album.
Ba Cyril laisse entrevoir le pointillisme sur les éléments de son travail. Ce qui rend particulière cette réalisation. Dans le travail quotidien de Cyril le pointillisme est toujours présent. Il transporte donc cette technique pour célébrer le visage de son modèle.

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Cyril présente une illustration avec des lignes ondulées dans un semblant de désordre. C’est à partir de ce dernier qu’il fabrique un ordre impressionnant sur le visage et les contours du torse de Manu Dibango. Ces mêmes lignes ondulaires, parfois électriques et assez ordonnées, donnent forme au saxophone de l’artiste. À l’extrême gauche de la tête du sujet, sur le bout du saxophone et sur sa queue se forment des notes de musiques. Ces derniers symbolisent six continents : Afrique, Europe, Asie, Antarctique, Océanie et Amérique (Nord et Sud) ce qui voudrait dire que l’artiste est un enfant du monde. Il démontre ici la puissance, la transcendance, l’impact, la portée qu’a la musique de Manu notamment le Soul MAKOSSA dans le monde. Ce personnage, aux lunettes sombres, illustré sous un fond clair-obscur mystérieux devient une légende de par ses œuvres. Le sujet en parfait équilibre est suspendu dans le décor. Les liens entre le haut de son crâne, la queue et la tête de son saxophone donnent vie à un triangle isocèle. Cette forme est le symbole de la stabilité, de la Sécurité civile et de la trinité. Le triangle est aussi le principe de la détermination, de la pénétration, de la direction et de la pointe de flèche d’où la technique du pointillisme identifié.

Ba Cyril au quotidien est un fervent adorateur de Jésus-Christ. Il a un rapport profond aux références à la trilogie. Des trois angles du triangle transparaissent la Trinité qui représente le Dieu unique en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Cette Trinité apporte un caractère éternel et divin au sujet du tableau. Les constellations stellaires s’imprègnent de l’image de Manu. Le dicton « l’artiste ne meurt jamais » prend tout son sens dans cette œuvre de Ba Cyril.

Au Cameroun, peu d’artistes utilise de la craie pour produire des tableaux sur des toiles et sur d’autres supports. Pourtant, cette technique crée des rendus remarquables. D’ailleurs aux États-Unis, les adeptes du Street-art utilisent cet objet pour décorer de manière surprenante les rues. Kobe Williams magnifie les toiles et les tableaux pour le plaisir d’un public en quête de différence. En tant qu’artiste, il cherche à travers ses œuvres à transmettre des sensations et des émotions. Ses œuvres s’inscrivent dans la réalité du vécu quotidien et dans l’histoire qu’il incarne. Chacune possède un message avec des codes assez clairs pour participer à la compréhension de la société, du monde ou encore de la pensée de l’artiste.

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Kobe Williams privilégie la peinture à la craie. Il use du réalisme et de l’abstrait sur un tableau au fond noir. Avec une craie et un tableau, Kobe rend un hommage unique à Manu Dibango. Ici, le saxophoniste a le regard rivé vers les cieux et son objet de passion délicatement couché sur son épaule droit. Ce travail est en bichromie. Le fond dépouillé donne l’impression que Manu est dans un studio photo. L’espoir/l’inquiétude se lit sur le visage de Manu. Il paraît questionner l’avenir du Soul Makossa dont il est le géniteur depuis 1973. Il est inquiet et calme sur ce portrait mais pourquoi ? On ne saurait le dire avec exactitude. Les touches sont de nappes verticales avec des couchés blanchâtres s’éclatant sur l’absence de couleur. Les droites verticales et horizontales misent entre elles forment l’emblématique saxophone de Manu Dibango.

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À l’aide de ses doigts et de la craie, le dessinateur fait des effets circulaires donnant forment à six boutons (accords) sur le saxophone. Il rejoint ainsi Ba Cyril son confrère ivoirien. Les six boutons font le parallèle avec les six continents du monde. Kobe Williams se réfère aussi au chiffre trois en marquant « R.I.P » pour rendre ses hommages. L’artiste souhaite un doux repos à son idole qui garde une influence considérable dans la perfection de son art. Manu Dibango fait partir des premiers visages que Kobe Williams a dessiné à ses débuts en 2016.

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