La chronique de NEW

Les IN VISIBLES au regard d’une petite fille đŸŽšđŸ–Œ

“Il Ă©tait une fois…”

Des mots simples, mais Ă©trangement charmants aux oreilles et si prĂ©cieux dans le cƓur d’une petite fille. Elle vĂ©nĂšre ces instants de bonheur partagĂ© avec son pĂšre chĂ©ri, lorsque celui-ci la borde avant de s’endormir, en lui racontant de belles histoires. Elle aime l’entendre dire : “Il Ă©tait une fois… ” pour dĂ©buter sa narration. Alors, elle s’en va au royaume des rĂȘves idylliques qui accompagnent ce doux sommeil, un de plus, pour un jour qui s’ajoute le lendemain.

Ce nouveau jour oĂč Ă  son rĂ©veil, aprĂšs l’Ă©change de bonjour d’usage, elle va recevoir de son pĂšre une bonne nouvelle : accompagner son pĂšre au vernissage d’une exposition. Une de plus qu’elle va vivre dans sa jeune vie. Laissez moi plutĂŽt vous raconter ce pĂ©riple et vous faire vivre cet Ă©vĂ©nement Ă  travers le regard de la petite Brillana.

Il Ă©tait une fois, en la date du 23 fĂ©vrier 2019, une petite fille de 5 ans consommĂ©s qui se rendit au vernissage d’une exposition majeure : ” Les IN VISIBLES. À peine arrivĂ© Ă  l’Espace Bolo Art et Culture, qui abrite cette exposition de l’oeuvre de l’artiste contemporain espagnol JosĂ© Ramon BAS en synergie avec les enfants de la chaĂźne de foyers Saint NicodĂšme, elle remarque une premiĂšre oeuvre d’art. Une sorte d’hologramme Ă  l’ancienne de teinte noir, reprĂ©sentant le Monument de la Nouvelle LibertĂ© de Joseph Francis SOUMEGNE, situĂ© au Rond-point Deido, Ă  Douala. AussitĂŽt, elle fait signe Ă  son papa de ce que son regard fureteur a accrochĂ© : des oeuvres exceptionnelles sur les murs et sur le sol.

Oeuvres faites de photographies monochromes retouchĂ©es avec une addition de matĂ©riaux en pigmentation noire ou blanche, reprĂ©sentants des enfants dans des situations de jeux (saut en l’air, saute-mouton et autres), qui se confondent avec le dĂ©cor ambiant de nos villes, des enceintes de magasins, reniflant la visibilitĂ© de leur prĂ©sence. Des oeuvres faites de dessin assortis Ă  des textes Ă©crits dans lesquels les enfants expriment leur ressenti et leur vision du monde, dans lequel il peinent Ă  trouver leur place. Des oeuvres faites Ă©galement de sculptures “hollogrammiques” comme celle du monument sus-Ă©voquĂ©, ainsi que d’autres mettant en scĂšne des enfants esquissant des mouvements de jeu. Une oeuvre fondamentalement engagĂ©e Ă  restituer Ă  cette autre enfance endolorie, mais perclue d’espoir sa dignitĂ©.

C’est que JosĂ© Ramon en a fait le centre d’intĂ©rĂȘt essentiel de son oeuvre artistique, pour lequel il parcourt plusieurs continents, l’Afrique en particulier, en plusieurs occasions dĂ©jĂ , Ă  la recherche de ces instants rares Ă  saisir avec son appareil photo et Ă  façonner pour donner sens Ă  des ambiguĂŻtĂ©s qui peuplent nos sociĂ©tĂ©s. Sa trajectoire artistique est jalonnĂ©e de plusieurs rĂ©alisations artistiques et expositions individuelles, ainsi que collectives, notamment Ă  Barcelone, Madrid et Paris (Ă  Agence VU’ Galerie, qui le suit particuliĂšrement depuis quelques annĂ©es). Voici d’ailleurs ce que nous pouvons lire sous une plume experte qui nous raconte le personnage :

«Il est incurablement voyageur. Il est poĂšte, comme il respire. Il est inclassable et, amoureux des espaces, des gens, il invente des objets qui conservent la mĂ©moire de ses expĂ©riences, de ses Ă©motions. Il ne se soucie pas de constituer une Ɠuvre mais s’attache Ă  restituer ce qui fut les temps du voyage en Afrique, Ă  Cuba, au BrĂ©sil.
Pendant ses parcours, il photographie, de façon ludique, compulsive. Puis, lorsqu’il rentre Ă  Barcelone, il regarde ses planches contact et dĂ©cide de transformer les images qu’il a enregistrĂ©es en objets. Il rĂ©alise des tirages, avec peu d’intĂ©rĂȘt pour la technique, puis il les travaille : il peut Ă©crire sur l’épreuve, la griffer, la maltraiter, en fonction de l’humeur ou de l’inspiration du moment, avant de la figer dans une inclusion de rĂ©sine et de la vouer, entre imagerie et sculpture, Ă  son statut d’objet.
Chaque nĂ©gatif est pour lui une ouverture Ă  une infinitĂ© de possibles qu’il rĂ©alisera dans des formats divers, du carrĂ© au panoramique et qui devront vĂ©hiculer son souvenir de l’expĂ©rience du voyage.
Alors, ses parallĂ©lĂ©pipĂšdes, dont la lĂ©gĂšretĂ© n’a d’égale que la prĂ©sence, occupent le mur avec subtilitĂ© et nous encouragent au rĂȘve et Ă  l’apaisement.» Christian Caujolle, Agence VU’ Galerie, Photo Poche n°107, Actes Sud, 2006.

VoilĂ  ce que la petite Brillana a eu le bonheur de vivre : des instants magiques Ă  parcourir cette riche production artistique de l’artiste rĂ©alisĂ©e ici. Elle s’est Ă©merveillĂ© devant la subtilitĂ© de tracĂ©s de lignes naĂŻves exportant sur du papier des rĂȘves d’enfant comme elle, qui grandissent malheureusement loin de foyers conventionnels. Entre un jus de folerĂ© et quelques gĂąteaux et cacahouĂštes – parfois reproduisant elle-mĂȘme les mouvements en reprĂ©sentation sur les murs – elle a parcouru, presqu’incognito ce qui mettait en lumiĂšre les “IN”, non “Visibles” de nos villes. Peut-ĂȘtre ce petit regard juvĂ©nile a-t-il perçu, autant que les adultes, que la place de cette humanitĂ© en souffrance en dĂ©pit de tant de potentialitĂ©s rĂ©vĂ©lĂ©es ne saurait demeurer dans l’inconfort de l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale de la sociĂ©tĂ© de moins en moins solidaire.

JosĂ© Ramon Bas, Ă  sa maniĂšre si brillante est venu nous rĂ©vĂ©ler que des gĂ©nies se terrent dans nos rues, dĂ©laissĂ©s. Pourtant qu’ils mĂ©ritent notre attention, que l’on porte une lumiĂšre bienveillante sur le savoir-faire qui sommeille en eux. Il a donnĂ© Ă  ces talents incertains de s’exprimer, de se rĂ©vĂ©ler Ă  la face du monde, d’ĂȘtre visible dans l’espace urbain, dans nos cƓurs, de construire et vivre autrement leur rĂȘve. Nulle part que dans un coin qui semble Ă  jamais perdu, au quartier Yabassi n’Ă©tait plus indiquĂ© que l’Espace Bolo, pour abriter cette exposition inĂ©dite. Nulle autre que Mme Édith MBELLA, sa promotrice, pour offrir cette passerelle reluquante Ă  une oeuvre sociale globale, dans laquelle l’art occupe une place de choix.

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Alors, il Ă©tait une fois la petite Brillana chez les IN VISIBLES, comme si vous y Ă©tiez, attendant de voir par vous-mĂȘmes.

Quand on a savourer tant de merveilles, il n’y a qu’Ă  espĂ©rer que de telles expĂ©riences se renouvellent et que surtout, plus d’un comprennent la portĂ©e du message adressĂ© Ă  la sociĂ©tĂ© camerounaise par le biais de cette exposition. Qu’il plaise donc Ă  tous de partager le regard fervent de la petite Brillana, en se donnant la peine d’une visite de cette exposition qui coure encore durant ce mois de mars. Peut-ĂȘtre alors serons-nous plus nombreux Ă  entrevoir la fenĂȘtre ouverte sur les IN VISIBLES qui ornent nos villes de leur prĂ©sence pertinente et Ă©loquente, quĂ©mandant sans cesse notre humanitĂ©, notre solidaritĂ© africaine lĂ©gendaire.

Fin de l’histoire…

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