Présentation des 12 états de La concorde à Bolo

Les visages de la concorde à Bolo

Les visages de la concorde à l’espace Bolo

Bolo, L’espace Art & Culture, est un lieu de découverte artistique incontournable. Depuis le 13 juin 2019, elle offre au public une exposition baptisée : « La concorde ». De lundi à vendredi de 9h à 18h30 et samedi de 9h30 à 15h, jusqu’au 14 septembre 2019, elle donne à voir des œuvres saisissantes de 12 artistes à la renommée faite : Gabriella Badjeck, Kristine Tsala, Bienvenue Fotso, David Nkot, Merlin Tefolo, William Bakaimo, Samuel Dallé, Salifou Lindou, Godmark Fannyuy, Abdias Ngateu, Patrice Kemplo et Moustapha Baïda. Ils ont en commun une vision humaniste et unitaire. Celle-ci traduit un engagement social qui s’insère intimement dans le contexte actuel marqué par la question de la division.

Chaque artiste donne une articulation particulière à La concorde. Abdias Ngateu la présente sous une forme anthropomorphe. Le personnage camerounais s’y identifie par des éléments de son quotidien tels que l’arbre de paix et les motos-taxis. Il est dans ce cas de figure un homme ordinaire en proie à des rencontres inopinées qui le conduisent à emprunter la même voie que des personnes d’origine et de nature divergentes. Mais Abdias Ngateu démontre qu’il est possible de dépasser les différences pour s’unir autour d’une cause noble. Cette dernière peut être une destination physique comme un lieu ou symbolique comme la paix.

Bienvenue Fotso donne à La concorde du mouvement en la peignant sous la ressemblance d’une nature protectrice et glorieuse. Elle implique, sur un ton chaleureux, un partage collectif effectué dans un cadre harmonieux. Comme des bras qui se tendent et des mains qui tiennent un seul bouquet, l’artiste propose d’être conscient de la charge des biens que la société possède. Cet éveil d’esprit implique à chacun de s’activer afin d’unir les forces et défendre les richesses de la communauté.

Comme une « pétale de fleur », La concorde est fragile chez Gabrielle Badjeck. Son équilibre tient sur l’accord perceptible et incontestable des parties qui la composent. En dévoilant le corps féminin ou juste une partie d’où émergent des fleurs, l’artiste appelle à une introspection profonde qui questionne l’apparence. N’y-a-t-il pas au-delà du physique des substances d’alliance à préserver ? Les corps humains ne se limitent pas au sexe qui les différencie. Ils sont une source de continuité qui garantit la survie de l’humanité. En insistant sur le corps féminin, Gabrielle Badjeck rejette sa sexualisation. Elle honore le naturel des femmes visionnaires.

Godmark Fannyuy peint La concorde dans un style unique nommé « Jaga-Jaga ». Ses tableaux vivement colorés sont riches en émotion. Ils font la part belle à plus de positivité dans la formation des rencontres humaines. Son univers rythmé et dynamique rappelle la convivialité qui anime les rencontres folkloriques des communautés traditionnelles. Il nourrit un sentiment de bien-être intérieur qui ressort mélodieusement et se propage aisément.  Le « Jaga-Jaga » est une communion d’émotions et de sentiments qui vise une épuration progressive au fils des rencontres.

Jean David Nkot soulève la fonction actualisatrice et contextuelle de La concorde. D’après ses œuvres, la concorde est un état de collaboration permanent. Elle n’est possible qu’au sein d’un groupe soudé. L’artiste insiste sur l’aspect collectif de l’action de cet état.  Rien ne semble pouvoir s’accomplir à long terme sous l’impulsion d’un seul individu d’où la nécessité de la solidarité construite sur la base de la détermination. Jean David Nkot expose des personnages forts de caractère, présents par leur action dans leur espace géographique et déterminés à contribuer au progrès. Il les arme d’objets de construction et de fierté. Il les crée dans une posture défensive et pose sur leur visage du charisme.

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Christine Tsala dresse sur La concorde un regard fin et très expressif. Elle installe sur la toile des personnages mi arbres, mi personnes mais modernes. Leur différence de style trahit leur quête de la différence. Même si les tailles et les couleurs sont pareilles, les allures sont différentes. Pourtant, l’objectif est le même : celui de la plasticienne qui les immortalise. Ils posent de dos, de face ou de côté mais regardent vers la même direction. Kristine Tsala représente les styles qu’elle observe dans son entourage. L’instant de quelques coups de pinceau, elle les stoppe et fige leur élégance.

La concorde est un impératif dans un environnement de mal-être étouffant. Merlin Tefolo appelle urgemment à l’assemblable de pièces désocialisées. En présentant des visages fissurés qui paraissent dénoncer un état de dissociation répressif des sociétés africaines. Il fustige la séparation des parties d’une seule et même identité. Ce faisant, il réclame la communion des forces afin de réparer le désastre causé par la séparation des fils d’une nation. Avec Merlin Tefolo on comprend que les humains devraient se regarder en face, se parler, faire des concessions, s’accorder pour résoudre les tensions.

Sur les tableaux de Moustapha Baïdi Oumarou, La concorde est simple et juste.  Elle exprime l’égalité et la sobriété. Sa légèreté est élévatrice car elle s’enracine au contact des humains pour produire l’espoir. Ce contact est le germe et le fertilisant qui garantissent la croissance de l’espérance. Elle implique un partage subtil des particularités. Dans ce sens, la concorde fait de toi une partie de moi et vice versa comme le traduit « Les femmes qui nous entourent 1 ». On est tous un peu les mêmes tant qu’on est humain malgré les spécificités de classe, de genre et autres.

Patrice Kemplo place La concorde sur le terrain de la tragédie. Dans son rôle de médiateur, il associe les êtres, pose son timbre pour concilier. Au premier plan, il fait de la concorde le défenseur de la paix. Le plasticien observe et témoigne. Il se positionne ouvertement pour condamner les crises et les divisions. Pour ce faire, il interpelle ceux qui ont le pouvoir de réduire les peines au silence et d’instaurer la paix. L’objectif de l’artiste est humanitaire. Il marque la toile de façon évolutive en passant d’un état négatif à un état positif, d’une situation déplorable à une situation souhaitable. Il pose des alternatives aux intérêts personnels.

Avec la plus grande précision, Salifou Lindou confectionne La concorde sur un air de brassage. Il aborde son sujet suivant une approche expérimentale qui assure le renouvellement constant de ses œuvres. La concorde explore, manipule, connote, dénote et bouge les lignes. Le rendu est multidirectionnel pourtant tient fermement. Le sérieux sur les visages ajoute de la complexité à la rigidité des formes. Chaque orientation présente une direction voire une solution potentielle. 

Samuel Dalle accorde à La concorde un espace marqué par la diversité. Il inscrit sur son tableau des lettres, des chiffres, des courbes, des objets, des couleurs et des traits. C’est autant de propositions extirpées du réel et de l’imaginaire. Le tourment qui se perçoit dans les œuvres de l’artiste l’oblige à prendre une posture, un camp fût-ce de manière figurative. Son engagement est patriotique et militantiste. Il est celui d’une concorde qui puise dans ses racines les ressources garantissant l’évolution et le changement.

Chez William Bakaimo, La concorde raconte une histoire : celle d’une renaissance. Il exprime à travers la figure du lézard le besoin qu’à la société de se renouveler. Cet animal omniprésent dans ses œuvres symbolise la fertilité. Il accompagne les personnages jusqu’à leur nouvelle naissance. Cette dernière est possible par une concorde introspective qui procède à un suivi du progrès et à une présence permanente.  De fait, William Bakaimo décrit un univers coloré, très calme mais profondément heureux puisqu’évoluant en symbiose.

L’espace Bolo porte, par son exposition, toutes les valeurs de La concorde défendues par la promotrice Édith Mbella. La paix, le partage, l’unité, la justice, l’égalité et le travail sont autant de thèmes développés par les 12 artistes exposants à travers des œuvres uniques. Des ateliers animeront l’exposition afin de permettre aux curieux de rencontrer les artistes. En cette période estivale, Bolo Résidence est le lieu tout indiqué pour des rencontres artistiques mémorables.

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Ruth Adjou

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