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Exposition : à la Galerie Annie Kadji, l’art sort dans la rue pour dénoncer la violence

À la Galerie Annie Kadji, l’art sort dans la rue pour dénoncer la violence

Comment retrouver une bonne relation avec les autres quand nous voyons de la violence tous les jours ? C’est la grande question qui est au cœur de l’exposition collective «L’art Crie !», qui a débuté le 4 juin 2026 à la Galerie Annie Kadji. ​Ici, il ne s’agit pas juste de regarder de jolies œuvres d’art pour passer le temps. Cette exposition, organisée par Raïssa Njoya et l’Agence Créations Contemporaines, est une expérience directe et intense. Elle est faite pour nous secouer et nous réveiller face aux souffrances et aux problèmes du monde actuel.

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​Le point de départ de cette initiative est un constat partagé : la violence sociale s’est banalisée, ici au Cameroun comme ailleurs. Face à ce climat lourd qui frappe particulièrement les femmes et les enfants, Raïssa Njoya a choisi de bousculer le rôle traditionnel de l’art pour que celui-ci ne reste pas simple spectateur. L’ambition n’est pas de plaire, mais de sensibiliser aux tragédies trop souvent étouffées, en mettant des mots et des formes sur des réalités glaçantes comme l’infanticide et les féminicides. «L’idée c’était d’explorer la relation à autrui pour la rendre meilleure », explique-t-elle, insistant sur la nécessité d’être enfin sensible « aux pleurs, aux hurlements intérieurs d’autrui». Dans un contexte mondial marqué par la brutalité, elle s’est interrogée sur ce que l’art pouvait concrètement apporter, trouvant la réponse dans une volonté ferme de conscientiser et de rompre le silence.

Pour donner corps à cette urgence, trois figures majeures de la scène contemporaine camerounaise, Brenda Juine, Ndoumbè Ewanè et Ondoa l’Afrikain, unissent leurs voix et s’entremêlent. Si leurs univers diffèrent, un fil conducteur puissant les unit : l’art de la performance, l’action en direct, celle qui ne triche pas. Ndoumbè Ewanè et Brenda Juine, tous deux artistes pluridisciplinaires, explorent la matière et le mouvement pour traduire la complexité des rapports humains. À leurs côtés, la parole prend le relais grâce à Ondoa l’Afrikain, qui puise sa force dans le conte. En déplaçant la tradition orale vers le terrain de la performance contemporaine, il redonne au récit sa fonction première : celle de bousculer les consciences.

De Ndokoti à la Galerie Annie Kadji : L’exposition évolutive qui fait parler l’art de rue

L’originalité profonde de «L’art Crie !» réside dans son caractère vivant et évolutif. L’art est sorti des murs feutrés de la galerie pour se confronter directement à la rumeur de la ville. Les artistes ont investi des carrefours de vie intenses à Douala : le marché Ndokoti, le marché Kouloulou et le rond-point Deido. «L’objectif pour nous c’est d’insérer au fur et à mesure beaucoup de photos, donc beaucoup d’éléments de mémoire de ce qui s’est produit», souligne l’équipe du projet. Cette expérience immersive, mêlant arts visuels et arts vivants, s’articule ainsi autour de trois axes fondamentaux : l’urgence, la solidarité et le renouvellement des regards. Pendant un mois, l’espace de la galerie se transforme, s’enrichit de traces mémorielles pour prolonger l’impact de ces interventions de rue. Le public ne visite pas une exposition figée, il assiste au déploiement d’une mémoire collective.

Lire aussi : Art contemporain : L’exposition « VILLE CRUELLE » rend un hommage à Mongo Beti à Doual’art

Au-delà du geste artistique, «L’art Crie !» se veut le déclencheur d’un mouvement plus vaste, un cri collectif qui invite le public à devenir acteur du changement. Un appel direct est lancé aux forces vives experts, intellectuels, citoyens engagés pour que chacun apporte ses connaissances et enrichisse le débat afin de «renforcer les actions qui peuvent être menées». Car la conviction derrière ce projet reste entière : «nous croyons fondamentalement que ça part d’une personne pour que notre société aille mieux».

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